La loi El Khomri par l’absurde François Ruffin 21/03/2016

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On peut faire, on le doit, la critique des mesures que contient la loi El Khomri. Mais il faut surtout faire la critique des mesures qu’elle ne contient pas : la ministre s’attaque-t-elle, le moins du monde, aux causes réelles du chômage ?

L’entreprise ECCE, sous-traitante du groupe de luxe LVMH, fabriquait des habits Kenzo à Poix-du-Nord (59). Matière première et main d’œuvre, tout compris, un costume revenait à 80 € en sortie d’usine – pour être revendu près de 1000 € en boutique. La marge était appréciable, mais insuffisante : la production a été délocalisée en Pologne, puis en Bulgarie, et peut-être en Grèce, à la recherche de salaires toujours plus bas. Que prévoit la loi El Khomri contre ça ? Rien. Une autre loi est-elle prévue, à Bercy, contre ça ? Non, aucune. Valls, Macron, Hollande se taisent.

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L’entreprise Pentair, à Ham (80), est hyper-rentable : 22,4% de marges, avec un carnet de commande tellement plein que les employés travaillent jusqu’à 46 heures par semaine. Et pourtant, elle va fermer l’an prochain. Les plans « sociaux » vont démarrer en septembre. La production sera délocalisée en Inde. A tel point que le député de droite du coin, Stéphane Demilly, s’écrie : « Ce sont des salopards de financiers, il faut le dire. » Mais contre ces « salopards de financiers », que prévoit la loi El Khomri ? Rien. Une autre loi est-elle prévue, à Bercy, contre ça ? Non, aucune. Valls, Macron, Hollande se taisent.

Dumping tous azimuts
Le lave-linge de Whirlpool est parti à Poprad, en Slovaquie, les pneus Contis en Roumanie, les Goodyear à Katowice, en Pologne, et les papier-peints Abélia, les climatiseurs Magnetti-Marelli, les composants électroniques Honeywell, les chips Flodor, etc. Et tout ça, pour un dumping tous azimuts, social, fiscal, environnemental, monétaire parfois (et même sur la sécurité des travailleurs). Mais contre cette désindustrialisation massive – avec des dégâts psychologiques, des conséquences politiques – que prévoit la loi El Khomri ? Rien. Une autre loi est-elle prévue, à Bercy, contre ça ? Non, aucune. Valls, Macron, Hollande se taisent.
« Mon adversaire, c’est la finance », déclarait François Hollande durant sa campagne. Mais capitulant d’avance devant cet « adversaire », renonçant à réformer l’ordre macroéconomique, signant des deux mains les traités eurostéritaires, le gouvernement en est réduit à du bricolage contre les salariés : plafonnement des indemnités de licenciement, paiement des heures supplémentaires, salaires des apprentis…
Qui peut croire que résident là les causes réelles, massives, profondes du chômage ?

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