Archives mensuelles : décembre 2015

Que vienne l’heure du peuple ! Jean-Luc MELENCHON

Ce soir s’achève la campagne électorale la plus étrange, la plus démoralisante, la plus glauque que nous ayons connu depuis bien longtemps. Elle s’est entièrement déroulée dans une ambiance de peur et de méfiance.
Elle a été dominée de bout en bout par l’extrême droite dont le thème, le style, le ton ont dominé et défiguré les paroles et même les stratégies de tous les partis de gouvernement.
Ce soir une catastrophe a été évité de justesse, il faut en remercier les millions de personnes qui ont voté avec des bulletins de vote pourtant contraires à leurs convictions les plus profondes. Le gouvernement et le premier ministre responsables en premier rang de cette débandade auraient tort d’analyser comme une victoire un score acquis sous la menace et le chantage. Tout au contraire le président de la République doit entendre le message de colère que le pays a adressé et prendre ses dispositions pour que Manuel Valls, le premier responsable de la politique qui a créée cette situation, soit renvoyé dans ses foyers.
Pour être à la hauteur des événements tout au contraire il nous faudrait, comme nous avons su le faire dans le passé, comprendre que les menaces qui pèsent sur la démocratie, celles qui viennent de l’extrême droite, ne peuvent être levées que si l’on répond à l’urgence sociale que constitue la présence de millions de chômeurs, de pauvres, de sans-abris, dans un pays parmi les plus riches du monde.
C’est un véritable Front Populaire qu’il faudrait être capable de faire naître. Je le dis sans illusion car la COP 21 comme cette élection ont montré à quel niveau d’irresponsabilité les élites politiques peuvent parfois croupir. Mais je le dis avec espoir : à proportion du danger que vous avez vécu, vous savez que vous êtes appelés dorénavant à prendre votre part à l’autre bataille démocratique qui dorénavant s’avance avec l’élection présidentielle. Il faut quelle soit l’heure du peuple contre l’oligarchie, l’heure du rassemblement pour une république qui ne se contente pas de débiter comme un moulin sa devise mais qui fasse vivre réellement l’aspiration à l’égalité et à la fraternité autant qu’a la liberté.
Je sais mes chers compatriotes que nous avançons dans l’hiver, mais je sais aussi que toujours le printemps revient, toujours et avec lui les fleurs et la promesse de leurs fruits. »
Jean-Luc Mélenchon
Déclaration au soir du second tour des élections régionales, le 13 décembre 2015.

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Jean-Luc Mélenchon : « La droite plutôt que le FN ? A condition qu’il y ait une différence ! »

Il a pris son temps pour s’exprimer. Trois jours après le premier tour des élections régionales, Jean-Luc Mélenchon prend la parole. Si le député européen du Parti de gauche soutient l’ex-socialiste Jean-Pierre Masseret dans sa volonté de se maintenir au second tour dans le Grand Est, il se refuse à donner une consigne de vote en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en Provence-Alpes-Côte d’Azur, où le FN peut l’emporter.
Comment analysez-vous les résultats de dimanche soir ?
C’est une terrible insurrection froide. Elle se traduit par un niveau d’abstention record. Plus d’un Français sur deux n’a pas voté, 60 % des ouvriers et 70 % des jeunes ! Dans ce contexte, la prime va à ceux qui se mobilisent le mieux. Aujourd’hui, c’est le FN. La société se détourne de ses représentants politiques traditionnels et des institutions. Ce mécanisme, c’est celui qui fait monter l’exigence : « Qu’ils s’en aillent tous ! ». Ma déception, c’est que cela passe par le FN et non par nous. Si nous avions mobilisé nos électeurs comme le FN, nous serions au coude à coude avec le PS et la gauche à 40 %. Je ne suis pas naïf, je sais aussi que la montée du FN arrange beaucoup de monde.
Dans les régions où le PS a retiré ses listes, en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Provence-Alpes-Côte d’Azur, quelle attitude adopter ?
Dans ces deux régions, où il n’existe plus de vote de gauche possible, je me garderai bien de donner des consignes. Le choix de chacun n’est plus politique, mais moral et philosophique. Chaque personne doit se demander si elle peut violer sa conscience politique au profit d’un impératif réputé supérieur. Plutôt la droite que le FN ? A condition qu’il y ait une différence ! Ce n’est pas à nous de la proclamer. Si M. Estrosi veut mériter des votes de gauche, c’est à lui de montrer qu’il est radicalement différent du FN et non pas identique comme beaucoup de gens le pensent dans nos rangs. Idem pour Xavier Bertrand.
« Faire barrage à l’extrême droite » sans aucune exigence ni engagement préalable sur les principes essentiels est un blanc-seing très dangereux. Le seul choix honorable en démocratie, c’est d’assumer le combat d’idées en faisant confiance à l’intelligence du peuple souverain. La réaction d’honneur blessé de Jean-Pierre Masseret, qui n’est pas un militant révolutionnaire, atteint beaucoup de socialistes dans le pays. C’est dorénavant au cœur du PS que les questions se posent, davantage que sur sa gauche où étaient les frondeurs. D’ailleurs, ils ont disparu !
Est-ce que le Front de gauche peut survivre à son résultat de dimanche soir, soit 4,15 % des voix ?
Sous cette forme-là, non. Aux régionales, nous étions illisibles et dispersés en quatre combinaisons différentes pour treize régions ! Nous sommes la seule famille politique qui n’a pas fait une campagne nationale. Une présidentielle qui serait menée dans les mêmes conditions, c’est-à-dire découpée en 570 circonscriptions législatives où chacun ferait sa popote sur son petit feu, est condamnée d’avance. Il faut reconquérir notre visibilité et notre capacité d’entraînement, changer nos méthodes et notre relation au pays. Je ne m’attendais pas à nous voir, cinq ans après, quasiment revenus à la case départ.

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