Archives mensuelles : juillet 2015

Grèce : tirer des leçons

Le 22 juillet, Jean Luc Mélenchon écrit :
«… Toute tentative de changer l’Europe de l’intérieur est vouée à l’impuissance si ceux qui l’entreprennent ne sont pas près à tirer instantanément et totalement la leçon d’un échec, en rompant le cadre. Autrement dit aucun plan A n’a de chance sans plan B. Et quand vient l’heure du plan B il ne faut pas avoir la main qui tremble. A l’heure actuelle l’hypothèse la plus vraisemblable est que l’Allemagne et ses satellites ne permettront aucune évolution, aucune révision ni du statut de la banque centrale européenne ni des traités budgétaires. Il faut donc tranquillement mais méthodiquement préparer la réplique à ce refus. Mais on ne peut ni ne doit exclure la possibilité de pouvoir contraindre l’Allemagne à défaut de pouvoir la convaincre. Les délires des Schauble et Merkel ne font pas l’unanimité en Allemagne. Faute de résistance à l’extérieur, l’opposition de gauche n’a jamais trouvé l’espace nécessaire face à l’euro triomphalisme de la droite CDU CSU flanquée de son perroquet du PS allemand le grotesque Siegmar Gabriel ! D’un autre côté le gouvernement allemand peut être aussi interpellé de bien des façons sur ses pratiques déloyales du point de vue même des traités dont il se réclame… »

Le 24 juillet, dans Politis, Guillaume Etievant, secrétaire National du Parti de Gauche à l’économie et au travail
« Soyons prêts à sortir de l’euro
L’expérience dramatique que traverse le peuple grec nous prouve une fois de plus qu’il est indispensable pour la gauche antilibérale de s’affronter à l’épineuse question monétaire et de préparer une potentielle sortie de la zone euro.
Elle doit le faire en France, non pas pour mimer le Front National et ainsi espérer égaler par ce biais sa réussite électorale, mais pour être certaine que quoi qu’il arrive, si elle est au pouvoir, elle sera en mesure d’appliquer son programme. Syriza a été élu en Grèce sur la sortie de l’austérité et non pas sur la sortie de l’euro ou de l’Union européenne. La majorité de Syriza était convaincue que ce n’était pas le mot d’ordre de sortie de l’euro qui lui permettrait d’arriver au pouvoir. Les faits lui ont donné raison. Mais son erreur la plus terrible est sans doute de ne pas avoir tout de même préparé cette sortie. La Grèce est du coup condamnée à subir un énième et dramatique plan d’austérité et à devenir un protectorat allemand. Préparer un plan de sortie de l’euro n’est pas un outil électoral, mais bien une nécessité pratique.
Ce que porte aujourd’hui le Parti de Gauche, c’est que quel que soit l’état du rapport de force au niveau européen, s’il arrivait au pouvoir, il appliquerait son programme, en désobéissance avec les traités européens et avec un contrôle immédiat des mouvements de capitaux pour permettre la mise en place de sa politique. S’ensuivrait une crise diplomatique en Europe qui pourrait amener à une renégociation des traités, mais qui pourrait également conduire au même type d’étranglement que celui qui vient de faire plier le gouvernement d’Alexis Tsipras : le blocage des liquidités par la BCE. Alors, il faudra sortir de l’euro et être prêt à cela.
Au Parti de Gauche, nous assumons que nous travaillons à un plan B : si notre stratégie de désobéissance aux traités n’aboutit pas à une refonte radicale des traités européens, nous organiserons une sortie négociée de la zone euro, qui conduira à un changement radical de structure monétaire, via l’instauration d’une monnaie commune. Cette monnaie aurait un taux de change unique vis-à-vis des monnaies extérieures à la zone, et chaque pays membre de la zone retrouverait sa monnaie nationale.
La position du Parti de Gauche est donc claire : nous ne ferons aucun sacrifice pour l’euro et nous en sortirons plutôt que de renoncer à notre politique. Mais nous considérons que le préalable au changement n’est pas la sortie, mais bien au contraire la bataille politique pour créer une crise diplomatique et politique au sein de l’Union européenne. C’est cette bataille qui, soutenue par les mouvements sociaux, permettra de conscientiser et de fédérer les peuples européens. Notre but stratégique est l’application de notre programme et donc la sortie de l’austérité. Faire de la sortie de l’euro ou de l’Union européenne un but en soi, c’est détourner notre combat de son horizon : sortir de la domination du capital sur la vie.
Notre sortie de l’euro et notre désobéissance aux traités mettront fin à l’Union européenne. Car il n’y a pas d’Union européenne sans la France. Ce ne sera donc pas à la France de sortir de l’Union européenne, ce qui serait une position qui nous minoriserait et qui ferait le jeu de l’Allemagne et de ses alliés. La France devra construire d’autres solidarités avec les gouvernements qui le souhaiteront dans un nouveau cadre européen et internationaliste.
L’enjeu de la période est de se préparer à cette grande bataille politique et sociale. Ainsi la France, avec ses immenses ressources politiques, économiques, sociales et diplomatiques, ne sombrera pas comme vient de le faire le gouvernement grec. Elle utilisera au contraire tout son poids pour aider les autres pays à vaincre l’austérité avec elle, quel qu’en soit le prix à payer.
»

Pour comprendre mieux, on peut aussi lire

La gauche et l’euro : liquider, reconstruire
… samedi 18 juillet 2015, par Frédéric Lordon
http://blog.mondediplo.net/2015-07-18-La-gauche-et-l-euro-liquider-reconstruire

Yanis Varoufakis explique les raisons de son vote contre le nouveau mémorandum, puis de son vote pour sa mise en oeuvre.
« Pourquoi j’ai voté contre », suivi de « Pourquoi j’ai voté oui ce soir »
http://www.legrandsoir.info/pourquoi-j-ai-vote-contre-pourquoi-j-ai-vote-pour.html

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Contre Propagande

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Tsipras doit gouverner pour réaliser ses promesses. Depuis son arrivée au pouvoir, il a dû se consacrer surtout à traverser un champ de mines. Que les droites européennes, toutes les droites, aient travaillé à son échec, quoi de plus normal ? Que certaines gauches extrêmes et impatientes le combattent et le critiquent, quoi de plus normal ? Il y a deux manières de faire dérailler un train : miner les voies ou accélérer à fond !

Tsipras ne capitule pas, il poursuit sa stratégie

A peine la nouvelle proposition du gouvernement grec était-elle sur la table, que le mot « capitulation » s’affichait sur tous les gros titres de la presse. Chaque semaine, les médias dominants croient voir leur rêve se réaliser : aucune alternative à l’austérité ne serait possible en Europe, et il faudrait que Syriza échoue pour signer la preuve définitive de cette impossibilité. Tsipras est remaquillé en traitre, et à sa suite c’est toute l’autre gauche qui est salie par ces attaques.
A lire l’accord proposé le 9 juillet par la Grèce, on ne voit pourtant pas de rupture avec la stratégie jusqu’à présent déployée par Tsipras. Elle contient au final peu de reculs par rapport à la position du 22 juin refusée par l’eurogroupe:
• Sur la TVA c’est la même chose
• Sur le marché du travail c’est la même chose également
• L’excédent budgétaire primaire prévu est plus élevé, mais c’est grâce à une hausse des impôts et pas à une baisse des dépenses
• Les privatisations vont se poursuivre mais c’était déjà prévu dans la position du 22 juin
• Le vrai recul concerne la réforme des retraites (mesures d’économies de 0,25 à 0,5% du PIB sur les retraites dès 2015 et 1% à partir de 2016), mais il faut noter que jusqu’en 2019 le système d’aide aux retraites les plus faibles est maintenu
• En échange Syriza maintient à la lettre ses exigences : rééchelonnement de la dette, plan d’aide de 53 milliards sur trois ans, et déblocage du « plan Juncker ».

En bref, Syriza poursuit la même stratégie qu’avant. On peut bien sûr la contester, mais elle correspond au choix des électeurs de Syriza : une ligne de crête entre le refus de l’austérité et le maintien dans la zone euro. Tsipras n’a pas de mandat pour sortir de l’euro. Son nouveau plan n’est en aucun cas une trahison par rapport au vote de dimanche dernier, puisque les Grecs se sont par leur vote opposés aux propositions de l’Eurogroupe du 25 juin mais pas aux propositions de Syriza du 22 juin.
Comme nous le disons dans notre communiqué du Parti de Gauche (https://www.lepartidegauche.fr/communique/la-question-centrale-est-la-dette-33027), le cœur de tout cela, c’est la dette. Si Syriza obtient un rééchelonnement, il s’agira d’un pas en avant considérable pour son peuple. C’est la dette qui étrangle les Grecs, qui ont déjà fait tant d’efforts que le budget de la Grèce est aujourd’hui en excédent primaire, ce qui n’est pas arrivé à la France depuis dix ans.
S’il gagne sur la question de la dette, Tsipras dessinera un nouveau futur aux peuples européens. En desserrant l’étau financier par sa demande d’un plan de financement sur trois ans et de rééchelonnement de la dette, il se donnera le temps de mettre en œuvre son programme et de respecter, jusqu’au bout, son mandat.
Syriza est un espoir immense pour les peuples européens. Ne participons pas à la campagne de dénigrement qui vise des intérêts qui ne sont pas les nôtres.
Guillaume Etiévant, Secrétaire national du Parti de Gauche, 10 juillet 2015

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Lutter sur tous les fronts

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On le sait militer n’est jamais confortable. Surtout en période de crise où il faut se mobiliser sur tous les sujets.
Les plus urgents d’abord : le soutien aux ouvriers de Sambre et Meuse (261 licenciements au profit de qui ?) ou le soutien aux ouvriers de Vallourec St. Saulve et d’Aulnoye-Aymeries (menaces à court terme au profit de qui ?) ou le soutien aux personnels hospitaliers qui n’en peuvent plus de subir des « ajustements structurels » qui les empêchent de remplir convenablement leurs missions (« économies des budget de santé » au profit de qui ?)
Les plus lointains aussi : le combat contre le Traité Transatlantique (TAFTA), au moment même où les renégats qui se disent « parti socialiste » votent à Bruxelles pour la poursuite des négociations sur le Traité avec les espions nord-américains (au profit de qui ?).
Avouons-le, lorsque nous nous retrouvons trop peu nombreux avec nos drapeaux et banderoles il nous arrive de fléchir, de déplorer l’absence de mobilisation massive, mais nous ne doutons pas : nous faisons ce que nous devons faire. Même si c’est symbolique… surtout parce que c’est symbolique. Le drapeau de l’écosocialisme doit flotter haut et fort !

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Nous vous avons déjà encouragé à lire les billets de Frederic Lordon, le dernier « Le crépuscule d’une époque » est roboratif. Sa conclusion vous promet une lecture jubilatoire :
« L’histoire nous livre un enseignement précieux : c’est qu’elle a des poubelles. Il y a des poubelles de l’histoire. Et c’est bien. On y met les époques faillies, les générations calamiteuses, les élites insuffisantes, bref les encombrants à oublier. Alors tous ensemble, voilà ce qu’il faudrait que nous fassions : faire la tournée des rebuts, remplir la benne, et prendre le chemin de la décharge. »
http://blog.mondediplo.net/2015-07-07-Le-crepuscule-d-une-epoque

A propos des guignols qui persistent et se réunissent dimanche, vous pouvez aussi lire l’enquête de l’inspecteur Colombo
http://www.pauljorion.com/blog/2015/07/09/grece-un-detective-pose-quelques-questions-troublantes-par-roberto-boulant/#more-76871

Nous vous invitons aussi à lire les discours
de Tsipras devant la commission européenne.
Discours complet de Mr Tsipras à Strasbourg hier ! Un grand moment … un sacré bonhomme …
http://syriza-fr.org/2015/07/09/les-interventions-d-a-tsipras-devant-le-parlement-europeen/

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NON !

sagesse

Daniel Simonnet et Eric Coquerel

VIVE LE PEUPLE GREC !

Malgré une propagande éhontée pour le oui orchestrée par Bruxelles Berlin et l’oligarchie grecque, OXI l’a emporté. Le PG salue la 2ème victoire d’Alexis Tsipras et de son gouvernement. Comme en 2005 en France, le peuple Grec a dit son refus de l’Europe Austéritaire. Mais contrairement à ce qui s’est passé en France avec l’adoption du Traité de Lisbonne, il n’y aura cette fois pas recours pour la Troïka : en Grèce le peuple et le parlement résistent à l’unisson. Le PG s’oppose à toute exclusion de la Grèce de la zone Euro. Nous exigeons de François Hollande et du gouvernement français qu’ils se rangent enfin du côté du peuple Grec. Il faut enfin reprendre des discussions sérieuses sur les bases de la renégociation de la dette et du mandat défendu par Alexis Tsipras. Dans l’immédiat, la BCE doit cesser son chantage aux liquidités. Tout autre choix entraînerait une crise certainement mortelle dans la zone euro et au delà l’UE. Désormais les seules responsabilités sont du côté de l’Eurogroup. Plus que jamais nous appelons le peuple français à exprimer sa solidarité avec la Grèce.

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Pour comprendre la question grecque…

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Nos habitués n’ont guère besoin d’arguments ni de démonstrations pour saisir tous les enjeux que déploie la question grecque. Ils ont compris depuis un moment que le retour du politique et de la démocratie provoquait haine, menaces et terreur de la caste, de l’oligarchie.
L’article de Frederic Lordon le dit de manière fort roborative, pour vous allécher voici l’intro :

« Forcément, ça leur a coupé la chique. Qu’on puisse jouer la carte de la démocratie, c’est la chose qui est maintenant tellement hors de leur entendement qu’elle les laisse toujours sidérés, pantois et démunis. Vraiment, à cet instant, on aurait voulu voir leurs têtes, mâchoires décrochées comme des tiroirs de commodes fraîchement cambriolées : Sapin, Hollande, Moscovici, leurs experts organiques, leurs journalistes de propagande, tous ceux qui n’ayant que la « modernité » à la bouche se sont si constamment efforcés d’en finir avec le peuple, pénible démos, et pénible démocratie quand il lui vient à l’idée de ne pas se contenter de valider ce qui a été décidé pour elle. Mais c’est une némésis et personne n’y pourra rien : il vient toujours un moment où la politique chassée par la porte revient par la fenêtre. Plus elle a été chassée obstinément d’ailleurs, et plus ses retours sont fracassants. »

la suite sur

http://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-
http://blog.mondediplo.net/2015-06-29-L-euro-ou-la-haine-de-la-democratie

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